Interview Guillaume ALBERT - SCEA ALFOPORC
À travers cet échange, Guillaume Albert, fort d’un parcours riche en expériences et d’une gestion rigoureuse, nous partage son quotidien, les évolutions de son exploitation et ses ambitions pour l’avenir. Entre tradition et modernisation, autonomie et management d’équipe, Guillaume Albert nous livre sa vision du métier, ses choix stratégiques et son engagement pour le bien-être animal. Un témoignage inspirant qui met en lumière les réalités du secteur porcin et l’importance de toujours chercher la performance.
Interview SCEA ALFOPORC – Guillaume ALBERT
Boissinot Élevage : Présentez-nous en quelques mots votre exploitation…
Guillaume : J’ai repris avec mes parents en 2008 avec deux entités. Je gère la SCEA ALFOPORC pour la production porcine, avec 200 truies naisseurs-engraisseurs conduites en quatre bandes, ainsi que l’EARL LA BRAUDIÈRE pour l’élevage bovin et la culture. Cette dernière comprend un troupeau allaitant de 40 vaches limousines et 190 hectares de terres.
En 2004, mes parents m’ont proposé de les rejoindre
B.E : Quelle est votre parcours, votre formation ?
G : J’ai obtenu un Bac Techno Agri au Campus Les Sicaudières à Bressuire, puis un BTS Production Animale au lycée agricole de Melle et enfin un CS (Certificat de Spécialisation) en production porcine. Ensuite, j’ai travaillé environ quatre ans à l’extérieur, toujours dans le porc, en tant que salarié dans différents élevages. Parmi ces expériences, j’ai notamment travaillé dans un élevage en Indre-et-Loire spécialisé dans la sélection, ce qui a été très enrichissant. En 2004, mes parents m’ont proposé de les rejoindre sur l’exploitation familiale, à la suite du départ d’un apprenti et du rachat d’une ferme de 80 hectares. Il y avait donc la place pour que je revienne.
B.E : Motivé pour retourner dans l’entreprise familiale ?
G : Oui, après plusieurs expériences, j’étais plutôt motivé. Je me suis installé avec eux en 2008 en reprenant une ferme voisine de 40 hectares ainsi qu’un bâtiment d’engraissement porcin. Avant mon installation, j’avais travaillé comme salarié chez eux pendant quatre ans. Mon intégration à l’exploitation a été motivée par l’acquisition d’un nouveau site, permettant d’augmenter la capacité d’engraissement pour la production porcine. Grâce à cela, nous sommes devenus autonomes en engraissement. C’est également à ce moment-là que nous avons créé les deux entités.
B.E : Pourquoi le porc ?
G : Mes parents ont débuté dans l’élevage porcin au début des années 90. À l’origine, ils élevaient des moutons et des vaches allaitantes mais cette activité n’était pas suffisamment rentable. Ils devaient donc se lancer dans un projet hors-sol, comme la volaille ou le porc. Ils ont finalement choisi le porc. De mon côté, j’ai orienté mes études et mes expériences dans ce domaine.
B.E : Et du coup, pas mal d’expériences à l’extérieur avant de rejoindre l’exploitation familiale ?
G : Oui, il est très important d’observer comment les autres travaillent et surtout d’apprendre à manager une équipe : savoir comment communiquer avec les salariés, comment organiser leurs postes… Cela me sert énormément aujourd’hui.
B.E : Aujourd’hui, vos parents sont à la retraite comment faites-vous ?
G : Oui, je suis seul, mais j’ai trois salariés à temps plein pour m’aider.
De mener ma barque à ma façon…
B.E : Des regrets de ne pas être associé ?
G : Non, pas du tout ! Cela me permet de faire ce que je veux et de mener ma barque à ma façon. Je ne suis pas totalement seul car l’avis de mes trois salariés est important.
B.E : Votre organisation avec vos salariés ?
G : J’ai trois salariés : l’un est arrivé en 1993, un autre en 2009, et le dernier en 2019. J’ai veillé à ce que chacun ait un poste défini et des responsabilités. J’ai dû déléguer pas mal et il le faut. Stéphane s’occupe de la partie porc. Christophe, lui, la partie matériel et cultures et Julien, lui qui est polyvalent, gère les bovins et donne des coups de main quand on a besoin sur les autres activités.
B.E : Vous arrivez à concilier facilement votre vie pro et votre vie perso ?
G : Je prends 2 semaines de vacances par an et je pars grâce à mes salariés, je laisse mon entreprise entre de bonnes mains. Ce n’est pas facile surtout quand les enfants sont petits. Lorsqu’ils grandissent, on culpabilise un peu moins mais ça fait partie des difficultés du métier.
L’objectif est toujours d’optimiser la performance
B.E : Que préférez-vous dans votre métier ?
G : Ce que je préfère dans mon métier, c'est le côté technique. La production porcine est très exigeante, il faut sans cesse rechercher de nouvelles solutions pour améliorer les résultats et nos revenus. On peut, par exemple, modifier la génétique ou investir dans du matériel. Le multiphase, par exemple, représente un coût très important mais son impact technique est particulièrement intéressant. L’objectif est toujours d’optimiser la performance. Et dans notre métier, on sait très vite si l’on s’est trompé ou non.
C’est un métier de passion
B.E : Les difficultés du métier ?
G : Le temps de travail est une contrainte. On ne compte pas ses heures, c’est un métier de passion. Certaines journées sont compliquées et, en tant que seul gérant, je dois tout assumer, mais c’est un choix que j’ai fait. Ce n’est pas toujours facile de gérer la pression et la charge de travail importante. Heureusement, grâce à mes salariés, je suis d’astreinte deux week-ends sur cinq et ils assurent la relève les autres week-ends. Au quotidien, je travaille facilement dix heures par jour, voire plus, surtout en été avec les travaux dans les champs. En plus, nous avons une moissonneuse, ce qui nous permet d’assurer la récolte et le stockage.
B.E : Votre projet actuel est sur la partie porcine mais qu'en est-il de votre élevage de bovins ?
G : Je maximise mon temps sur la partie bovine. Il ne faut pas non plus y passer trop de temps, car cela doit être rentable rapidement. J’ai également fait un choix génétique pour les vaches afin d’éviter les complications lors des vêlages et cela fonctionne : un veau par an ! De plus, mon bâtiment bovin est amorti, ce qui représente un véritable avantage.
je croise les doigts pour que tout revienne rapidement et éviter les pannes
B.E : Parlons de votre chantier actuel avec nos équipes, pourquoi cette modernisation de votre bâtiment porc ?
G : Il est temps ! Le site a 35 ans. Avec l’automate en place, à chaque coupure de courant, je croise les doigts pour que tout revienne rapidement et éviter les pannes… Le sol était aussi bien abîmé. Du coup, j’ai tout rénové, y compris l’alarme. Je suis passé au système Tuffigo pour pouvoir le contrôler à distance. Comme le site est à 3 km, cela m’évite de m’y rendre pour rien.
Boissinot Élevage fait partie des meubles de notre exploitation
B.E : Comment avez-vous connu Boissinot Elevage ?
G : C’est à côté. Mes parents ont commencé à travailler avec Michel Boissinot lorsqu’il s’est lancé dans l’élevage. Les premières machines à soupe, il a dû les installer sur la ferme de mes parents. Et depuis, on a toujours continué à travailler avec vous. Boissinot Élevage fait partie des meubles de notre exploitation. Dès le début de l’élevage, vous étiez présents.
B.E : Et aujourd’hui, comment travaillez-vous avec Boissinot Élevage ?
G : Dépannage, installation, nos projets… Notre dernier gros projet remonte à 2021, avec l’installation d’une chaîne multiphase. Actuellement, sur l’un de mes sites en rénovation, nous changeons l’automate des machines à soupe, la ventilation, ainsi que les régulations.
B.E : Que pensez-vous de l’accompagnement Boissinot Élevage par rapport à vos projets ?
G : Malgré quelques petites incompréhensions concernant les produits, qui font partie de toutes les négociations, tout est rapidement rentré dans l’ordre. Arnaud (Directeur Commercial) s’occupe de tout l’aspect commercial, Franck (Responsable Technique) suit le chantier pour le suivi technique et Manu (Directeur de Production) gère le planning des équipes intervenant sur le chantier.
B.E : Une idée d’un autre projet après celui-ci ?
G : Oui, bien sûr ! Passer mes maternités en liberté est un projet que j’espère réaliser l’année prochaine. J’envisage également d’investir dans des cages bien-être pour les truies.
Autant profiter de ces travaux de renouvellement pour suivre les nouvelles tendances
B.E : Pourquoi ?
G : Parce que mes cages de maternité sont plus qu’usagées. Aujourd’hui, on n’a pas l’obligation de les mettre en liberté, mais le bien-être est dans l’air du temps, donc autant profiter de ces travaux de renouvellement pour suivre les nouvelles tendances. Et c’est quand même plus agréable de voir nos animaux en liberté.
Ne pas avoir peur d’explorer d’autres techniques de travail
B.E : Et pour finir, quels conseils pour une personne qui souhaite s’installer ?
G : Passer par des expériences en tant que salarié est important, surtout quand on reprend une ferme familiale. Il faut aller voir à gauche, à droite, être curieux et ne pas avoir peur d’explorer d’autres techniques de travail. De plus, le fait d’avoir été manager aide à gérer plus facilement une équipe. Le plus important, c’est d’avoir la passion, sinon ce n’est pas la peine !